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Diego Innocenzi, le feu du plus grand orgue de Genève

Posted by diegoinnocenzi Category: Concerts, Enseignement

Le titulaire de l’orgue du Victoria Hall s’emploie depuis six ans à sortir l’instrument de l’ombre. Visite commentée, en mots et en vidéo, avant deux concerts avec l’OSR

Non, l’orgue n’est pas qu’un instrument d’église. Oui, son répertoire s’est considérablement étendu, et l’instrument investit aujourd’hui les plus grandes salles de concert. Diego Innocenzi est titulaire depuis six ans de celui du Victoria Hall. Le musicien démontre, saison après saison, que son magnifique J.L. Van den Heuvel inauguré en 1993 (après l’originel Theodor Kuhn de 1894 puis le Rudolf Ziegler de 1949) possède des atouts immenses.

A part le jouer ou programmer des concerts où il invite des organistes dans des situations de jeu très diverses (cinéma muet, chœurs, orchestre…), comment s’y prend-il donc pour convaincre? Il le fait visiter. Pour les deux prochains rendez-vous avec l’OSR, où il interprétera le Concerto pour orgue, orchestre à cordes et timbales de Francis Poulenc, Diego Innocenzi a prévu une promenade intérieure d’une dizaine de minutes, projetée en direct sur grand écran en ouverture de concert. Entrons dans l’antre magique.

L’orgue, cette maison

«C’est une maison. On voit toujours l’orgue qui trône sur la scène avec ses majestueux tuyaux. Mais les gens se demandent toujours quand on peut l’entendre, et ce qu’il y a derrière tous ces tubes en métal brillant et ce meuble en bois orné. L’orgue reste méconnu. On connaît vaguement ses claviers (4), les boutons de ses jeux (71) et son pédalier. Mais dès qu’on pousse la petite porte d’entrée du phénoménal buffet, on ne peut qu’être saisi.»

Les trois étages de sa mécanique intérieure avec ses 5500 tuyaux et tous les éléments qui relient notamment les touches aux souffleries s’avèrent en effet impressionnants. Et la puissance du son, sa diversité de coloris imitant un nombre incroyable d’instruments en tout genre ou de voix humaine, donnent le tournis. Ou des frissons quand les vibrations traversent tout le corps.

Pour les interprètes, l’orgue se révèle très physique et surprenant. «Chacun est différent de l’autre. Il faut savoir s’adapter très vite, apprendre instantanément les nouveaux registres, trouver le son qu’on aimera et maîtriser les particularités de l’instrument avec lesquels il faut jouer pour trouver des solutions immédiates. C’est une sorte d’orchestration à chaque fois, avec souvent très peu de temps pour se préparer et faire connaissance, car les salles ne sont pas forcément libres pour répéter. Et en situation concertante, la puissance sonore est telle aux claviers que parfois elle peut devenir épuisante, voire douloureuse.» En effet: un orchestre d’instruments et un instrument-orchestre ensemble, cela fait beaucoup…

Un répertoire gigantesque

On imagine pourtant le répertoire assez restreint et réservé aux églises. Pas du tout. «Il est gigantesque, et comprend notamment plus de 300 concertos. Il y en a de Vivaldi, avec orchestre à cordes. Bach, avec des Cantates orchestrées a déjà produit des pièces concertantes qui le sortent du territoire strict des édifices religieux. Au XIXe siècle, avec la création des grandes salles de concert, Birmingham a initié la construction intégrée d’un orgue en 1834. Depuis, les grandes orgues, ou orgues symphoniques, sont devenues une tradition. Et de nos jours, les nouvelles œuvres pour l’instrument sont légion. Sans parler de l’intérêt grandissant des jeunes. J’ai personnellement 17 élèves, ce qui représente une jolie classe.»

Hommage à son formateur

Aussi responsable des cultes des églises de Vandœuvres et de Saint-Gervais où il alterne un dimanche sur deux, Diego Innocenzi avoue avoir une grande chance d’être titulaire de l’orgue du Victoria Hall, après Lionel Rogg qui fut son prédécesseur pendant 18 ans et son maître lors de ses études. «Quand j’étais jeune, j’en étais fan. J’écoutais tous ses disques à Buenos Aires. Il était ma référence. Je n’aurais jamais cru qu’en venant voir des amis à Genève, j’aurais pu l’entendre en concert puis devenir son élève plus tard. Il m’a tout appris. La structure, la construction et la connaissance. Marie-Claire Alain, elle, m’apportait la douceur et l’art de la programmation.»

Quant au concerto de Poulenc, que les Genevois pourront entendre à deux reprises, le soliste la vit comme une œuvre emblématique. Parce que «l’orgue est traité de façon virtuose, mais dans un dialogue constant avec l’orchestre, de manière très entremêlée avec les instruments.» Un échange qui s’annonce parfait pour ce passionné qui adore partager son amour des délices de l’orgue.

Sylvie Bonier

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